work in progress


Il me tient à coeur de vous transmettre mes impressions, fondées sur ma rencontre avec l’artiste Celia Gouveiac, reliée à mon approche de sa singularité artistique, via ses toutes dernières oeuvres : ces figures de bois sculpté, réunies dans un dispositif d’installation spécifique in situ, à la galerie « La vitrine », à Bordeaux.

Personnellement, c’est l’énergie radicale de ces gestes de taille et d’extraction de la figure, dans le bois écorcé, qui m’aura touchée.

La radicalité, c’est ce qui touche à la racine, au fondamental et au premier. Mais cette radicalité ne peut relèver d’un post ou néo-primitivisme.

Il me semble bien que Celia Gouveiac, avec le surgissement de ces sculptures rassemblées par le dit de « l’âme-coeur », nous représente un face à face avec des effigies de l’urgence, qui sont comme des bifaces, au nouage de la promesse et du mortel malentendu. Ces bifaces fonctionnent comme des apostrophes à notre dualité, dualisme, duplicité…

C’est qu’il y a encore trop à guérir de certaines confusions agissantes à partir de l’idéologie des reconfigurations émancipées de l’art moderne, via les effets d’emprunts et aux fonctions fort opposées, des arts extraoccidentaux à l’art primitif ou premier, c’est selon…

Il y a nécessité politique et éthique à considérer ce que la mondialisation du marché de l’art laisse perdurer comme structures post-coloniales de hiérarchisation des formes et figures, voire, plus violemment encore, comme consentement implicite et explicite à ladisparition de cheminements artistiques, discriminés ou recyclés, rendus impraticables ou insoutenables.

Erigés, iIs sont duels, comme le rappel irrépressible à une voie tierce, pour montrer simultanément un état alarmant de la division.

Quand le régressif et l’archaïque est repris par les sujétions inquiétantes du politique et du religieux , ce sont les parts irréconciliées de tout un chacun qui sont livrées au risque des fascinations inverses et violentes. L’heure est particulièrement grave !

Ainsi sont elles à l’assaut de la verticalité, ces « âmes-coeurs » comme une irrépressible manifestation d’une voix…aporétique, mais qui ne peut être détenue par un silence délétère, celui là même qui vous réduit au silence, à la non parole.

Alors, avec ses sculptures au vif de l’aubier, Celia Gouveiac nous pose au devant d’un paradoxe qu’il faut soutenir…à bois nu, écorché.

Nous n’oublierons pas que le mot liber désigne ces feuillets successifs qui stratifient progressivement l’aubier de l’arbre, lequel mot signifie simultanément, dans la langue latine, l’enfant et le libre.

Aussi, l’émondage de l’aubier laissé sans décor ni manière, nous conduit à voir et en entendre en même temps l’urgence sans précédent et la voie intime, en soi et autour de soi, d’une conscience impérative et aiguë : à bon entendeur

Par J.R LOTH / juin 2019